27 septembre 2004
Haïti : La solidarité internationale dans l'œil du cyclone

En regardant une chaîne d'information continue récemment, il y avait une de ces images qui font sens. Le journaliste en voix off annonçait que le président Bush allait débloquer une aide de plusieurs milliards de dollars pour venir en aide à la Floride, état sinistré et dont le gouverneur n'est autre que son frère. Pour illustrer ce commentaire, on voyait des images de désolation qui justifiaient une telle somme. Sauf que ces images montraient... Haïti.

Alors qu'on en finit plus de voir les cyclones faire la queue pour dévaster l'île, on se demande pourquoi le malheur s'acharne tant. Voilà une année, 2004, qui résume bien le curieux destin d'Haïti. Un centenaire au début de l'année pour se souvenir de ce qui aurait pu être, l'instar de l'Histoire de la Cuba voisine, une sorte d'épopée. De celles qu'on aime bien en France. Ces peuples qui se libèrent eux-mêmes et qui disent « non » à l'arbitraire et la tyrannie. Un quarantième anniversaire passé inaperçu, mais déterminant pour l'île. En effet, en 1964, François Duvalier se proclamait dictateur à vie et mettait du coup en place l'implacable dictature sanguinaire qui allait désormais identifier le pays de Toussaint Louverture à une caricature de république bananière avec son gourou dictateur, exploitant les peurs, maintenant son peuple dans l'ignorance, appuyé sur ses macoutes (dont les cadres furent formés par des instructeurs américains et des gendarmes français). Enfin, l'année 2004 elle même fut marquée par la chute d'Aristide et un chaos au terme duquel on se demande simplement : à quand une démocratie moderne, sociale et apaisée à Haïti ? et à quel prix ?

Comme si la méchanceté des hommes ne suffisait pas, il a fallu que les éléments s'en mêlent. Alors que le printemps des zones tempérées de l'hémisphère nord correspond à la saison sèche aux Antilles, une dépression tropicale avait déjà pointé le bout de son nez et causé d'importants dégâts dans l'île dès juin. Dans ces belles îles des Antilles, la saison des cyclones c'est un peu la loterie. Certaines y échappent d'autres non. Pendant les quatre derniers moins de l'année c'est le suspense absolu.

Haïti honnie des dieux qui font payer à ces pauvres bougres l'arrogance d'avoir osé défier le colon et d'avoir été les premiers à battre les armées napoléoniennes ? Probablement pas. Mais quand on est en chien comme ça, il y a de quoi douter. D'autant plus que l'acharnement du sort à la manière des pluies, ne semble pas vouloir s'interrompre. Et pourtant. Haïti, île francophone trônant au-dessus de la mythique Jamaïque qui fait danser le monde entier et qui est même devenu une marque s'affichant sur les tee-shirts des jeunes de nos banlieues, gardant la côte orientale de Cuba la « barbuda » qui défie l'impérialiste Amérique du coup, gardienne de ses intérêts dans la région... On aurait pu penser qu'après l'intervention américaine décidée par l'administration Clinton, les Etats-Unis referaient un peu de cette ingérence qu'on apprécie, quand elle est humanitaire. Eh bien non.

L'image de la télévision résume bien ce malentendu. Les gendarmes du monde sont prêts à intervenir partout au nom d'une certaine morale à condition que l'intérêt y soit. La communauté haïtienne de France pourrait lancer une initiative massive de sensibilisation de l'opinion sur le sujet pour éveiller les consciences amorphes. Dans les mairies, les universités ou les lieux de culture, il y a tous les relais possibles pour susciter des soutiens.

On sait bien que l'état de délabrement des structures de l'Etat aggrave le chaos, mais il faut montrer qu'il existe une conscience haïtienne qui ne se résout pas à la misère et qui a à cœur de relever le pays. Car la solidarité internationale est dans l'œil du cyclone. On n'entend pas les censeurs qui s'indignent sur tous les sujets dans les pages « Rebonds » de Libération ou les pages « Horizons » du Monde parler de la situation dans cette partie du monde. On ne voit pas se mettre en place les mécanismes qui fonctionnent pourtant si bien. Certes, le pays n'est pas abandonné, mais il y a une logique de l'indifférence qui naît dans la manière dont la communauté internationale « gère » le dossier politique haïtien, dont on doit concéder qu'il est compliqué et tout sauf manichéen et qui aboutit dans l'actuelle lenteur de l'aide internationale. Il ne semble pas que la notion d'urgence ait ici trouvé tout l'écho qui lui est dû.

Alors il faut détchouquer les consciences blasées qui s'abreuvent d'images du soir au matin mais qui ne bougent pas et réveiller ce qu'il y a d'humain dans les esprits pour aider à la reconstruction, politique, sociale et économique du pays. A commencer par les dirigeants du pays.

Posté par Chewbaca à 12:31 - Commentaires [1] - Permalien [#]



« Accueil  1