03 novembre 2004
La deuxième révolution conservatrice

Alea jacta est ! Après le bruit médiatique de ces dernières semaines, le calme revient, laissant apparaître la terrible réalité : George W. Bush est réélu triomphalement avec la majorité la plus large de l'histoire des Etats-Unis.

On pourra épiloguer sans fin sur les irrégularités constatées ici et là. Les machines à voter cassées au Nouveau Mexique, les observateurs de l'OSCE empêchés d'observer ou les électeurs radiés à leur insu, il reste que l'écart entre George Bush et John Kerry n'est pas qu'un écart en voix. C'est aussi un écart entre deux Amérique. Quand on regarde la carte des Etats acquis à l'un ou l'autre des deux partis, on constate que d'une part il n'y a pas eu de basculement et d'autre part que c'est l'Amérique urbaine, celle de la côte est, l'intellectuelle, qui a voté pour le candidat démocrate. Pour le reste, c'est le pays profond, le pays réel, celui des rednecks qui voté pour un homme dont il veut croire qu'il lui ressemble. C'est vrai que George Bush, comme notre Jacques Chirac national cultive à l'excès l'image de l'anti intello, le bouseux dans son ranch. Encore un peu, il irait bosser en jean crotté...

Malgré une campagne internationale d'une ampleur inégalée, une mobilisation des artistes américains sans précédent, le pays a voté pour le président le plus détesté de son histoire depuis Richard Nixon.

Pourquoi ? Pourquoi ce n'est pas le vote de l'intelligence qui a triomphé du vote de la peur ? Parce que George Bush a lancé son pays dans la guerre et que depuis le 12 septembre au matin, l'Amérique est en guerre contre un ennemi invisible et que comme du temps de la guerre froide quand on bâtissait des abris antiatomiques et qu'il fallait déjouer les complots des communistes cachés parmi les bons Américains, il n'y a rien de pire que de faire croire à l'existence d'un ennemi de l'intérieur.

Comme l'explique Michael Moore dans ses films, le génie des médias américains, du lobby militaro-industriel et des conservateurs est d'installer la peur dans l'esprit des gens. Dès lors, l'exigence de sécurité, puisqu'on fait croire aux gens qu'ils sont menacés jusque dans leur vie quand bien même ils habiteraient un bourg qui ne figure même pas sur une carte, surpasse tout. En temps de guerre, on resserre les rangs.

L'unilatéralisme a joué aussi. La politique arrogante d'une nation qui impose sa volonté au reste du monde est lue comme la marque héroïque de l'encerclement. Il y a toujours un petit Custer qui sommeille en chacun de nous...

Bush a du très certainement douter fortement. Il est maintenant l'homme le plus heureux du monde. Lui l'ancien alcoolique, amateur malheureux de bretzels, président usurpateur en 2000, devient l'homme le plus puissant du monde, le mieux élu de son histoire avec la majorité la plus large qui soit. Il a tous les pouvoirs. Au diable la sacro-sainte séparation des pouvoirs, c'est le GOP (« grand old party » comme on surnomme le Parti républicain) qui a mis les Etats-Unis sous sa coupe. C'est l'affermissement d'un pouvoir au service d'une idéologie qui jusqu'à maintenant n'était portée que par une poignée d'hommes formés à l'école de l'anti-communisme, privé depuis de la perspective d'une guerre des étoiles contre l'URSS, parrainés par des fous de Dieu qui dévoient le message du christianisme pour une forme de totalitarisme doux qui ne dit pas encore son nom. Avec un Congrès et une Cour suprême de la même couleur, le pachyderme conservateur va pouvoir réaliser son programme réactionnaire.

C'est que la campagne électorale a été menée bien à droite. Ultra sécuritaire et anti sociale. En faveur des riches, et pour « les valeurs » c'est-à-dire contre le droit à la famille pour les enfants.

Beaucoup de repères sont remis en cause et la question ne manquera pas de diviser les démocrates eux-mêmes dont on peut dire sans se tromper qu'ils sont désormais en crise. Bush a toutes les cartes en main pour suivre l'exemple de Tony Blair et de marginaliser durablement les démocrates. En outre, puisque c'est un dévot avant d'être un idéologue, il ne faut pas écarter l'idée qu'une radicalisation de l'Administration Bush II soit à l'ordre du jour car ce qu'il faudra anticiper en 2008, c'est l'ampleur du désir de changement dont les élections de mi-term de 2006 annoceront la couleur.

En attendant, les démocrates américains doivent montrer qu'une autre Amérique est possible et pour cela, il faut comme toujours en politique, une vision, un projet, une stratégie, des réseaux et une personnalité pour les porter.

Posté par Chewbaca à 13:22 - Commentaires [0] - Permalien [#]



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